Sur la place des grands arbres…
Lorsque l’on se réfère uniquement aux fiches botaniques des arbres (Flore forestière, Wikipédia ou autres guides) on apprend que beaucoup d’arbres à l’age adulte peuvent atteindre des hauteurs gigantesques, mais l’on ne précise pas toujours « dans son habitat d’origine et un environnement propice ».
C’est pourquoi en France il n’existe pas tant que ça d’essences d’arbres atteignant les 35/40 mètres à leur maturité car, si les conditions climatiques de notre pays sont évidement le 1er facteur à prendre en compte pour expliquer ce phénomène (Sol, altitude, ensoleillemment, pluviométrie…), l’intervention de l’homme est sans aucune commune mesure tous les autres facteurs réunis à lui tout seul ! (BTP, élagage, émondage, étêtage, trogne, tête de chat, têtard…)
Heureusement, au milieu de nos parcs, nous pouvons encore admirer un magnifique platane en port libre, un gigantesque cèdre bleu de l’atlas, un impressionnant sequoia géant planté sous Napoléon III.
Mais pour combien de temps encore ?
A la vitesse que nos villes et métropoles se développent, le ratio plantation/suppression est inégal, le compte n’y est pas !
Article Lezarbres à lire sur le sujet
Des « forêts urbaines » pour sauver les villes de demain ?
Plus un arbre est vieux plus il retient le carbone donc même si une commune plante 100 arbustes par an pendant 20 ans, elle ne comblera pas 1% des conséquences de l‘abattage de platanes centenaires sur les bord de sa départementale !
Alors des grands arbres oui, mais ou est la prochaine (ré)génération ?
- La régénération naturelle : rejet, gourmand, fleur, pollinisation, fruit… nature = durée
- La régénération humaine : bouture, plant, plantation, alignement, rideau… architecture = vitesse
Force est de constater que dans l’architecture seul l’acier et le béton sont haut, les arbres sont des « éléments paysagés ».

Contexte et contraintes : le dérèglement climatique
A cela est venu s’ajouter LA question : « C’est quoi les arbres qu’ils faut planter alors pour qu’il résiste ? » … « Des cactus madame ! » (mais ça tu peux pas lui dire à la dame… elle n’est pas prête à l’entendre petit collabsologue…)
Les propositions des professionnels-amateurs : Planter des arbres de l’équateur ?
Réponses des scientifiques : c’est une connerie !
Pourquoi ?
- Arrivée de nouvelles maladies et parasites pouvant faire plus de dégâts qu’aujourd’hui (ex: frelon et coccinelle asiatique).
- Dérèglement climatique encore plus important, depuis de nombreuses années on sait que les forêts ont des influences directes sur la météorologie et particulièrement la pluviométrie, intégrer des essences acclimatées à la grande sécheresse avec des essences ayant besoin d’eau constituerait une cacophonie botanique sans précédent.
- Le temps d’adaptation de cette métamorphose consisterait au final à se prendre pour dieu ou à proposer de reproduire le big bang qui à apporté la vie sur terre il y a 13 milliards d’années…
La proposition de Francis Hallé qui consiste à replanter une forêt primaire en europe est de suite beaucoup moins farfelue et pertinente non ?
En tout cas, la meilleur solution partira du local pour co-construire le global et non l’inverse !
Pour revenir à nos arbres majestueux, que peut on en dire aujourd’hui sur la toile ?
Définitions
majesté :
- Grandeur suprême, caractère auguste qui imprime le respect.
- Air de grandeur propre à inspirer de l’admiration, du respect.
- Titre que l’on donne aux empereurs, aux rois, aux impératrices, aux reines.
- Qui a de la majesté.
- Qui donne l’apparence de la majesté.
Autres superlatifs régulièrement associés
- Grand
- Haut
- Gigantesque
- Magnifique
- Splendide
- Merveilleux
- Impressionnant
- Remarquable
- Extraordinaire
- Puissant
- Rare
C’est donc finalement l’émotion ressentie qui qualifie le mieux ce qu’est (ou sera) un arbre majestueux plus que sa taille ou sa hauteur.
La question devient donc à ce stade de l’article : auront nous encore demain des arbres qui nous donnent de l’émotion ?
Oui
- Avec la (re)professionnalisation des arboristes et montée en puissance de leurs compétences
- Avec plus de transversalités dans les disciplines (paysage, élagage, bucheronnage, expertise, plantation…)
- Avec l’arrivée de nouveaux profils due aux reconversions
- Avec des initiatives de Tilios en lien avec le milieu agricole et forestier
Non
- Car les métropole barbares continuent leurs extension frénétique ou l’arbre n’est qu’un mobilier urbain
- Car les propriétaires de parcs et jardins dans ces mêmes métropoles continuent à subdiviser leur patrimoine au profit de promoteurs bétonneurs
- Car les élus continue de voir l’arbre comme une charge d’exploitation et non un patrimoine commun

Peut-être
- Si les personnes condamnées par la justice appliquent réellement leurs sanction
- Si la déclaration des droits de l’arbre est abrogée par l’assemblée nationale et le sénat
- Si l’article L 350-3 du code de l’environnement qui interdit la coupe des arbres d’alignement est appliqué comme le porte le GNSA
- Si les sujets de plus de 100 ans deviennent non plus des biens privés ou public mais un patrimoine commun
Les parasites et maladies qui les guettent
- Cèdres : Tetranychus urticae
- Sequoia : Botryosphaeria dothidea
- Pins : Sphaeropsis sapinea
- Platanes : Ceratocystis platani
- Hêtre : Chancre du hêtre
- Frênes : Chalara fraxinea
- Érables : Cryptostroma corticale
Les arbres qui me donnent à moi de l’émotion
Pour finir cet article je vous propose ici un petit descriptif des quelques essences qui m’interpellent et m’attirent.
Les grands
- Pour sa robe : Fagus sylvatica porpurea – Hêtre pourpre
- Pour ses plateaux : Cedrus atlantica – Cèdre de l’Atlas
- Pour ses grands déplacements : Platanus orientalis – Platane d’Orient
- Pour son écorce : Sequoiadendron giganteum – Séquoia géant
Les petits
- Pour son port : Albizia julibrissin – Arbre à soie
- Pour son élégance : Betula pendula – Bouleau verruqueux
- Pour son caractère : Acer japonica – Érable du Japon
Les tordus
- Pour son allure : Sophora japonica tortuosa – Sophora tortueux
- Pour sa fragilité : Fagus sylvatica f. pendula – Hêtre pleureur
Les bizarres
- Pour son écorce : Acer davidii – Érable du Père David
- Pour ses pneumatophores : Taxodium distichum – Cyprès chauve
- Pour son histoire : Araucaria araucana – Le désespoir des singes (qui n’existent pas au Chili)
Les méchants
- Pour ses épines qui s’accrochent à ta corde… et pas que : Gleditsia triacanthos – Févier d’Amérique
- Pour ses rejetons qui t’éborgnent : Robinia pseudoacacia – Acacia
- Pour son odeur (femelle) : Ginkgo biloba – L’arbre aux quarante écus
Quoi qu’il en soit, tant qu’un arbre ne nous laisse pas indifférent c’est que d’une façon ou d’une autre, il est majestueux et que notre devoir est d’en prendre soins.
Pour aller plus loin
Je vous invite vivement à visionner le documentaire Les Arbres remarquables : un patrimoine à protéger de Georges Ferterman, Jean Pierre Duval et Caroline Breton.
Bonus
Si vous avez encore un peu de temps, voici un très bon documentaire sur Napoléon III pour comprendre l’époque des arbres majestueux en France.
