Comment les arbres se soignent ?

Dans la nature, un arbre grandit, vit et meurs là ou il est né. Il n’aura donc pas la capacité de fuir en cas d’attaque de parasites. Il lui faut donc dès son plus jeune age développer plusieurs stratégies de défenses.

Fort heureusement, les arbres n’ont pas attendus la main des élagueurs pour penser leurs blessures et se soigner. Mais que sait on au juste de leurs stratégies de protection et de soins ?

Les causes

Pour comprendre comment il se soignent, il est primordial de s’interroger sur ce qui les blessent :

  • l’intoxication (racines)
  • la sécheresse
  • la casse par le vent
  • la foudre
  • les ravageurs (feuilles et bois)
  • les piqueurs-suceurs (sève)
  • les champignons lignivores (lignine)
  • l’homme ! (travaux, taille, élagage)
  • les chocs (véhicules)

Ce que l’on sait aujourd’hui avec affirmation, c’est qu’un arbre n’a pas la capacité naturelle de se soigner. Au mieux il va abandonner certaines parties de son architecture (racines, branches, feuillage), au pire il se laissera mourir pour concentrer son énergie et ses réserves sur un nouveau sujet (réitérât/rejet).

Un bon exemple avec le châtaigner qui, victime de la maladie du chancre de l’écorce particulièrement dans les Cévennes, à tendance à rejeter sur des troncs secs et refaire des arbres dans l’arbre. Cette réaction peut être aussi voulue par l’homme lorsqu’il pratique la taille en têtard.

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L’empoisonnement

Comme je vous en ai parlé dans l’article « Pourquoi et comment les arbres meurent ?« , nous savons qu’il y a 2 types de sèves. Celle dite brute qui vient des racines pour monter jusqu’aux feuilles (xylème) et celle dite élaborée qui descend des feuilles jusqu’aux racines (phloème).

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Si les racines se trouvent en contact avec des molécules toxiques, il y a fort à parier que c’est toute ou partie de l’arbre qui en subira les conséquences selon 3 critères : l’exposition, la dose et la réponse.

De même que si l’on badigeonne un produit chimique type débroussaillant sur les feuilles, les racines vont rapidement se dessécher et mourir.

Dans la nature, ces molécules se développent naturellement et le plus souvent à faible dose, mais l’homme et son industrie, son agriculture moderne aime jouer les apprentis sorcier en les combinant entre elles pour en faire des cocktails dangereux pour la nature et donc pour l’arbre (Pesticides, insecticides, fongicides…).

Mais la encore certains arbres peuvent selon leurs caractéristiques botaniques se défendre, ou du moins s’éloigner de la source grâce notamment aux apex racinaires qui ont la capacité sur de longues distances de sentir ces molécules quelles soient bénéfiques ou toxiques pour elles.

Sachant que 90% des apports racinaires d’un arbre se concentre sur les 20/30 cm de la surface terrestre, c’est donc l’intoxication de surface qui est la plus dangereuse pour lui.

La sécheresse

Certainement le plus grand fléau en cours et à venir pour les arbres, la sécheresse prive l’arbre d’eau qui comme pour l’homme constitue l’essentiel de sa partie vivante (cambium) et lui permet de créer sa nourriture (photosynthèse).

Avec les effets du réchauffement climatique, l’arbre est obligé de chercher de nouvelles formes de défenses comme l’abandon de ses feuilles avant l’automne pour limiter l’évapotranspiration et les embolies gazeuses. Il peut même abandonner toute ou partie de son houppier pour se recentrer sur l’axe principal du tronc, on appelle ce phénomène la descente de cime.

Malheureusement si cette stratégie est possible pour les feuillus (angiospermes) qui se développent sur une stratégie de réitération, elle est beaucoup plus difficile pour les résineux (gymnosperme) qui eux optent pour une stratégie du gigantisme. Pour ces dernier, perdre leur cime n’est pas récupérable.

Article de l’INRAE : Mieux comprendre comment les plantes survivent aux sécheresses

Des stratégies de défenses pour se soigner

L’enracinement

Une des 1ères agression de l’arbre est le vent…

L’enracinement fait partie intégrande du (futur) développement de l’arbre. La régénération naturelle est donc toujours souhaitable si l’on veut des arbres bien adapté dans tous les sens du terme.

Composant la masse foliaire de l’arbre, 90% du vent est absorbé par les feuilles, les ramilles, les rameaux, les branches, les charpentières. Seul 10% le sera par le tronc et donc les racines. C’est pourquoi la taille sévère des arbres nui non seulement à leur esthétique, leur santé mais surtout à leur enracinement.

Les racines pivots et traçantes…

La réalité c’est que tous les arbres possèdes les 2 ! En revanche il ne les déploieront pas de la même manière et au même endroit, même s’ils sont de la même essence, selon « justement » les conditions climatiques et particulièrement celle du vent.

C’est pourquoi il est préférable de planter des sujets jeunes (plans) plutôt que des sujets déjà grands (arbustes) si l’on veut qu’ils soient mieux armé pour résister au vent.

Savez vous qu’un des arbres les plus vieux au monde est un épicéa qui se situe dans la forêt de Fulurfjället, dans le nord de la Suède, il s’appelle Old Tjikko et a 9500 ans. S’il ne mesure pas plus de 4 mètres de hauteur due notamment aux forts vents froids du Pays, en revanche sont système racinaire s’étend sur des centaines de mètres.

La compartimentation

Le spécialiste mondial qui a ouvert la question de la compartimentation chez l’arbre est Alex Shigo en parlant au début des années 70 de la Compartmentalization of decay in trees (CODIT).

Description commune sur Wikipédia

Le développement d’agents pathogènes est favorisé par les stress biotiques et abiotiques (taille, pollution aérienne et souterraine, gel, stress hydrique, etc.) qui créent souvent des conditions favorisant le déploiement des agents biotiques (micro-organismes infectieux phytopathogène qui s’installent la plupart du temps à la faveur de blessures ou d’un dépérissement). Le phénomène consiste dans une mise en place de barrières chimiques (synthèse de substances toxiques) et physiques (au niveau de l’abscission, de l’intérieur de tronc avec les phénomènes de thyllose, gommose, subérisation ou, à l’occasion d’une blessure, de la surface de l’écorce qui produit un bourrelet de recouvrement ou cal cicatriciel fermant progressivement la plaie), compartimentage qui permet à l’arbre d’isoler les parties saines des parties dépérissantes et si possible éliminer ces dernières. Ce processus limitant la propagation des pathogènes semble sous contrôle génétique et être plus ou moins efficace suivant les espèces et les individus eux-mêmes.

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Face à une attaque d’agents pathogènes, l’arbre ne cicatrise pas mais instaure ce système de défense en apportant trois réponses :

  • la création d’une zone de réaction constituée par des barrières de défense dans les 3 axes spatiaux (axe longitudinal, diamétral et radial)
  • la création d’une zone de barrage : la barrière de protection qui isole le bois présent au moment de la blessure du bois néoformé
  • la création chaque année d’un nouveau cerne de croissance qui sépare la zone de barrage de l’ancien arbre blessé, ainsi il ne sera pas affecté par les pathogènes compartimentés.

« Petit à petit, en fonction de la gravité de la blessure et du potentiel de réaction de l’arbre, la blessure va se refermer (grâce au nouveau bois créé annuellement) recouvrant la zone nécrosée qui va peut être continuer à se creuser en cavité qui bientôt évidera l’intérieur de l’arbre ».

En France c’est William Moore qui dès les années 80 s’approprie ces recherches et lance les 1ères formations en directions des arboristes.

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Un autre travail ici réalisé et partagé par Yvan Gindre, expert ornemental à l’office National des Forets, sur les mécanismes de réaction de l’arbre face à une blessure (PDF).

La prévention : Les alliés

Les champignons non lignivores

Pour faire circuler les messages sur de longues distances ! (Ou se trouve les molécules toxiques ? ou se situe l’eau ? mes congénères ont-ils des attaques ?)

Les animaux

En abritant certaines espèces, l’arbre s’assure une protection contre des agresseurs éventuels. Un exemple avec la mésange qui dévore les chenilles processionnaires et détruit de fait leurs cocons qui en trop grand nombre affaiblissent l’arbre (Pins et Cèdres principalement).

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Les insectes

Un exemple avec l’acacia Vachellia cornigera qui est connu pour sa relation symbiotique (appelée myrmécophilie) avec une espèce de fourmi Pseudomyrmex ferruginea qui le protège des attaques de chenilles en contre partie il leurs fourni :

  • Des nodosités remplies de protéines et de lipides appelées corps beltiens créés à l’extrémité des folioles
  • Du nectar riche en glucides à partir de nectaires situés sur la tige

La communication

  • les phéromones
  • les hormones
  • les tanins
  • les champs électriques

Depuis quelques années, nous avons découvert que ces signaux pouvaient être transmis et surtout amplifiés par le mycélium appelé familièrement le Wood Wild Web (l’internet de la forêt). Ce réseau permet effectivement aux arbres de communiquer entre eux à grande vitesse et d’adopter leurs postures de défenses face aux agresseurs.

Les principales erreurs

« Faut l’tailler sévère… ça va lui redonner de la vigueur à votre arbre ! »

Combien de fois entendons nous cette phrase dans la bouche d’élagueur désireux de signer un chantier plus que de soigner l’arbre…

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En effet, plus nous allons « tarter » un arbre, plus il aura tendance à produire des pousses abondantes, mais ce phénomène n’est ni plus ni moins qu’une stratégie de survie qui va lui demander de puiser beaucoup d’énergie dans ses réserves déjà affaiblies par une maladie ou un champignons et donc le conduire un peu plus vite vers une mort programmée.

Dans les faits que se passe t-il ?

Il y a 2 types de bourgeons :

  • les proventifs : les dormants
  • les advantifs : les réactionnaires

Lorsque l’on réalise une taille sévère sur une branche, l’arbre va tout d’abord actionner ses bourgeons dormant présent en nombre selon l’essence tout le long des branches…

Puis au niveau de la coupe va apparaitre sous l’action du cambium et du méristème un grand nombre de rejets qui seront rapidement amené à mourir mais qui sur un temps court aideront la branche ou la rameau à tirer la sève brute (xylème) en évitant ainsi de l’assécher et de mourir (bois mort).

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Mais pour réaliser cela, l’arbre va devoir fortement puiser dans ses réserve et de fait réduira considérablement sa longévité de vie.

Bien que les arbres trognes nous montrent qu’un arbre peut vivre très vieux tout en étant régulièrement rabattu, il ne faut pas oublier que seules les jeunes pousses sont supprimée avec des diamètres de branches suffisamment petits pour que l’arbre recouvre les plais sans déployer trop d’énergie.

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La section des branches à couper est donc un des 1er facteurs à observer lorsque l’on souhaite réaliser une taille sévère.

La réaction d’une coupe sur une souche est la mème que sur une branche avec l’apparition en plus de drageons. Dans la majorité des cas, la souche va mourir et les racines se désagréger. Mais pour certaines essences comme le noisetier (Corylus), cette coupe appelée une cépée, provoquera l’apparition de nombreux drageons qui ne seront ni plus ni moins que des clones de l’arbre.

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Le mastic pour recouvrir les coupes…

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Souvent pratiqué dans l’arboriculture, nous savons pourtant aujourd’hui que c’est une connerie !

Si l’arbre sait très bien compartimenté, en revanche la mise en place d’un capuchon va offrir aux bactéries un environnement favorable (chaleur et humidité) à leurs développements. Même sur une grosse section il est préférable de laisser l’arbre se débrouiller seul que de chercher à lui coller un pansement… chez lui, qu’elle soit rouge ou bleue, la Bétadine n’a aucun effet !

Sources

Livres

Source image bannière : Association Suisse des Soins aux Arbres

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